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Juste un sourire autour d'un verre, 22 ans, Lille
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Je suis épuisée, constamment. Dans ce début de vingtaine qu'est le mien je me rend compte que je n'espère plus rien de la vie et de ce qu'elle pourrait m'apporter. J'ai beau être en couple, je me sens seule. Je ne sais pas où est passée la communication entre nous deux, nous ne nous disons plus rien, ne partageons plus aucune complicité. Je ne me souviens même plus quand était la dernière fois qu'il m'a fait rire aux éclats, la dernière fois que ses paroles n'ont pas juste provoqué agacement et indifférence en moi. Il me juge en permanence sans essayer de me comprendre, c'est comme ça depuis quatre ans. Si je déprime, si j'angoisse, si je suis d'humeur maussade ou colérique, il ne cherche pas à savoir pourquoi. Il choisit tout de suite le conflit. J'aimerai juste parfois un peu de tendresse, de réconfort,de compréhension... De mon côté, je sais sentir quand il va mal, je n'ai pas besoin de provoquer une dispute pour savoir quand ça ne va pas. Et je ne dis rien, je lui fais juste comprendre que je suis là pour lui s'il a besoin de moi pour parler ou pour être réconforté. Il faudrait juste qu'il fasse ça de temps en temps. Mais je sais que je ne peux pas lui dire ce qui traverse mon esprit, jamais ! Il n'est pas prêt à entendre que je ne suis pas aussi forte qu'il le pense, il n'arrive pas à comprendre. Mère de deux enfants, je comprends qu'il me croit invincible. Mais tant de choses me blessent, j'ai tendance à baisser les bras facilement, plus que la plupart des gens j'en suis sûre. En ce moment, nous traversons quelques bouleversements. Nous avons déménagé pour son travail, ça ne s'est pas avéré fructueux, nous avons du revenir dans notre appartement (qui, on le croirait, est digne d'un squat), pratiquement sans argent, nous déménageons à nouveau, nos enfants traversent tous deux une phase assez compliqué de leurs développements: ils découvrent que moi aussi j'ai mes limites. Parfois j'aimerai tout lâcher, c'était si facile de vivre chez papa et maman. J'aurai probablement achevé mes études, j'aurai passé mon permis, aurait trouvé un boulot sympa et après, seulement après, j'aurai fondé une famille. J'aime ma famille bien sûr, mais je regrette juste qu'elle soit arrivée avant que je prenne conscience de l'importance de vivre ma propre vie. À l'âge où la plupart si ce n'est la grosse majorité de mes anciens amis finissent leurs études et commencent à bosser, moi je materne. Je ne crois pas qu'aucun d'entre eux m'envient. De ces anciens amis il n'en reste qu'un ou deux. Hier soir nous sommes allés boire un verre, dieu seul sait à quel point c'était agréable pour une fois de laisser les enfants à quelqu'un d'autre. Ça faisait au moins deux ans que je n'étais pas sortie seule. Et j'étais complètement désemparée de réaliser que le genre de moment que j'ai passé pendant cette courte soirée, je ne le retrouvais plus du tout avec mon conjoint. J'ai ri, tellement ri que j'en avais mal au joues ! Je parlais et on m'écoutait. Personne ne m'a rabaissé, ne m'a fait sentir que mes histoires étaient stupides ou inutiles. C'était bon de partager des anecdotes, des souvenirs, et de voir qu'ils s'en souvenaient aussi clairement que moi. J'ai rêvé que cette soirée ne se termine jamais.
Serions-nous capables de rire à nouveau ainsi, lui et moi ? De se regarder dans les yeux sans avoir ce regard blasé, à la limite de l'indifférence totale ? Ou avons-nous atteint le point de non retour ?
C'est assez étrange de se rappeler des premiers jours. Vous avez cette personne tout à fait charmante en face de vous, qui vous regarde comme si vous étiez la plus belle des créatures sur cette planète, qui boit vos paroles, rit à vos blagues stupides, vous écoute et vous encourage à parler, qui vous trouve intéressante et qui se passionne de ce qui vous passionne vous-même. Quand je pense à la personne que j'ai en face de moi aujourd'hui, je ne retrouve plus rien de ce charmant jeune homme et il me manque.
Les gens changent avec le temps, d'habitude c'est plutôt progressif et on change avec eux, on s'adapte, on grandit ensemble et on ne s'aime peut-être pas comme au premier jour mais d'un amour différent, qui a traversé le temps et a grandi lui aussi. Le mien a dû se perdre dans mes souvenirs, avec ce jeune homme pétillant.
Je sens au plus profond de moi que ce que nous avons vécu arrive à bout de souffle. Notre histoire n'en a plus pour très longtemps. Mais j'ai peur et cela m'attriste. Pour lui, je deviendrai probablement une inconnue si ce n'est la plus mauvaise des personnes sur cette planète. Je regrette qu'après avoir aimé quelqu'un aussi fort, on puisse le haïr avec la même force. Il aurait juste fallu que nous nous soyons aimés un peu plus. Ou juste pour de vrai. Que nous ne nous soyons pas seulement trouvés alors que ce que nous cherchions était seulement un peu de réconfort, pas forcément une vie à deux. Parce que maintenant, il n'y a plus personne à réconforter et il n'y a plus de raison de s'aimer.
Adieu, G. je me souviendrai toujours de toi comme au premier jour, et je t'aimerai toujours de la même manière qu'à cette époque : tendrement. Mais si un jour je reviens sur ce site, et tombe sur mon propre message, je fais le pari que tu m'auras quitté. Et si un jour tu tombe toi même sur ce message et reconnais la jeune femme pleine de volonté que j'étais, alors ne me déteste pas trop, mais j'ai toujours su que je finirai pas ne plus te suffire.
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